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Jean-François : grand amateur de Backyard

1er octobre 2026 0

Parcours personnel

Comment as-tu découvert le format Backyard ? 

J’ai découvert la formule de la backyard il y a plusieurs années, parce que je suis un grand amateur de Gary Cantrell ou Lazarus Lake (Laz), la personne derrière le Barkley Marathons. À l’époque, je regardais ces défis de loin, me concentrant davantage à la course sur route, au triathlon et aux ultras en sentier.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de t'inscrire à ta première Backyard ? 

J’ai finalement fait le saut lorsqu’une backyard a été organisée dans ma ville natale, sur un territoire géré par Héritage Saint-Bernard, un organisme avec lequel je m’implique et que j’aime beaucoup. L’événement était très convivial et j’ai tout de suite su qu’il fallait que j’y participe. Pour l’anecdote, le parcours passe où se déroulait le cross-country de mon école secondaire et à l’époque, je n’aimais pas du tout courir.

À quels événements de Backyard as-tu déjà participé ?

Je suis relativement nouveau en backyard et je crois que c’est la beauté du concept : on n’a pas vraiment besoin de participer à des événements organisés pour essayer et avoir du plaisir. 

J’ai participé aux événements de la Backyard Ultra de Châteauguay et au Eagle’s Backyard Ultra du Circuit EvenMust à Victoriaville. Et j’ai même déjà battu un record personnel avec mon mentor François lors d’une course non-officielle à Châteauguay.

Découvrir le concept de Backyard

Pour quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler, comment expliquerais-tu le principe d'une Backyard ? 

Le concept officiel défini par Laz en 2012 est relativement simple : une boucle ou « yard » de 6,7 km à chaque heure avec un départ à l’heure pile. On ne peut pas prendre d’avance et si on ne prend pas le départ à l’heure ou qu’on ne complète pas la boucle en 60 minutes, on est éliminé. Le très arbitraire chiffre de 6,7 fait en sorte qu’on court un 100 Miles en 24 heures. 

En format officiel, aussi appelé format illimité, la dernière personne encore en course qui complète une boucle remporte l’épreuve.

Il existe aussi un format limité dans le temps, où le nombre de boucles est fixé d’avance (par exemple 12, 24 ou 30 heures). Dans ce cas, différentes méthodes peuvent être utilisées pour déterminer le classement : le cumul des temps de toutes les boucles, le temps le plus rapide sur la dernière boucle, ou encore le fait de déclarer gagnantes toutes les personnes qui complètent la dernière boucle.

Pour les statistiques, on compte le nombre de « yards » complétées. Mon record personnel est de 27 yards.

Qu'est-ce qui distingue ce format d'un marathon ou d'un ultra-trail classique ? 

Contrairement à la majorité des ultras, le dénivelé est très faible. On revient aussi à son ravitaillement à chaque boucle, et le fait de devoir faire un départ à chaque heure vient beaucoup changer l’aspect mental. 

Beaucoup de gens viennent « battre » la marque du marathon qu’on atteint après 7 boucles, mais l’événement n’a rien à voir avec l’épreuve reine. Ça demeure tout de même une bonne motivation.

Faut-il être un coureur expérimenté pour s’inscrire à sa première Backyard ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’expérience en course pour faire sa première backyard. C’est un format intéressant pour se dépasser. Il est possible d’alterner course et marche, ce qui favorise l’inclusion de tous les athlètes. De plus, on célèbre TOUS les exploits : que ce soit une, deux, vingt-sept ou cinquante boucles.

L'expérience de course

Comment se déroule une heure type pendant une Backyard ?

Le déroulement d’une heure est très simple : tu as 60 minutes pour compléter la boucle de 6.7km, te reposer, manger, boire, puis tu dois repartir. Chaque personne possède sa propre stratégie. Compléter la boucle plus lentement, mais repartir avec la nourriture en main ? Est-ce qu’on souhaite dormir ? Est-ce qu’il faut changer de vêtements ou d’équipements ? Toutes ces questions et leurs réponses vont influencer la stratégie de course.

Que ressens-tu au départ des premières boucles

Comme n’importe quelle course que je fais, je pars généralement trop vite et ça me rattrape. Heureusement, la backyard est un format qui pardonne quand même! L’excitation de la course et de retrouver des gens avec qui on sait qu’on va partager de longues heures y est pour quelque chose.

Et après plusieurs dizaines d'heures ?

Ça devient plus silencieux. Le jeu mental embarque beaucoup et il faut continuer à faire des blagues pour détendre l’atmosphère et oublier les douleurs. 

Y a-t-il un moment où la course bascule davantage dans le mental que dans le physique ?

Je dirais qu'il y a toujours un bon équilibre entre le mental et le physique, mais ce point de bascule varie d'une personne à l'autre. Nous n'avons pas tous les mêmes objectifs et c’est ce point qui va déterminer le point de bascule de chaque personne.

La préparation

Est-ce qu'on prépare une Backyard différemment d'un ultra-trail traditionnel ? 

Personnellement, je me concentre sur du volume lent et de l’alternance course marche, tout en mettant l’accent sur la nutrition et le repos. S’endormir rapidement, pour quinze minute après une course, ce n'est pas facile et ça demande étonnamment beaucoup de pratique.

Quels entraînements t'ont semblé les plus utiles ?

Les longues courses sociales où on peut parler facilement comme les courses du samedi matin avec Les Pélicans, ou celles avec une pause entre deux moments de course comme le mardi matin aussi avec le club.

Quels sont les plus grands pièges de préparation ?

Les intervalles ? Non, c’est une blague, ils sont très pratiques. Par contre, ne pas tester sa nutrition en conditions variables est probablement le piège le plus fréquent. On réagit différemment à la nourriture s’il fait chaud ou froid et on peut rapidement l’oublier en course.

La gestion de course

Comment gères-tu ton allure sachant qu'il faut repartir chaque heure ?

J’ai regardé des stratégies très différentes et commencé à en créer une qui semble bien fonctionner pour moi. Après, tout peut changer selon le type de parcours et la météo, mais j’essaie de faire trois boucles sur quatre en 48 à 50 minutes (7:10 à 7:30 par kilomètre) pour avoir suffisamment de temps pour me reposer, manger, aller aux toilettes  et changer de chaussure s’il y a lieu. 

Puis j’essaie de faire la quatrième boucle en 42 à 45 minutes (6:15 à 6:45 par kilomètre) pour me donner le temps de dormir. Je vais essayer de repartir avec de la nourriture et si je dois aller aux toilettes, ce sera sur la boucle suivante.

Que fais-tu pendant le temps entre deux départs ?

Je mange, bois, repose mes jambes avec un massage si nécessaire, je donne du feedback sur la dernière boucle à ma crew en or et j’attends le départ.

As-tu une routine qui revient à chaque boucle ? 

La backyard est majoritairement une épreuve de routine, mais on doit être en mesure de s’adapter. Lorsque j’ai couru à Victoriaville, ma crew m’a rappelé un dicton de longue randonnée : « on emballe nos peurs ». J’avais environ sept sortes de chips parce que j’avais peur de ne pas être capable de m’adapter. Je vais possiblement être plus raisonnable lors de ma prochaine backyard à l’automne. 

As-tu déjà vécu un moment où tu pensais abandonner ? Qu'est-ce qui t'a permis de continuer ? 

Alors qu’il faisait excessivement chaud l’automne dernier à Châteauguay, j’ai dit à ma crew que je ne savais pas si je pouvais me rendre à 24 heures. Tout allait mal. Mon alimentation et mon hydratation ne fonctionnaient pas, je n’avais rien pour me refroidir adéquatement et j’avais des ampoules aux talons. Je suis entré dans la « pain cave » et j’ai creusé profondément. Le plaisir est revenu en début de soirée quand la température s’est refroidie un peu et que j’ai réussi à manger.

Le fait de toujours faire le même parcours et d’arrêter à chaque heure vient généralement te chercher. C’est facile de vouloir abandonner dans ces conditions et c’est pour ça qu’il faut avoir plusieurs objectifs pour essayer de les dépasser un à un. 

Est-ce qu'on court contre les autres... ou surtout contre soi-même ? 

La backyard, c’est un sport d’équipe. 

Tout d’abord, il y a l’équipe de soutien qui aide lors des pauses et qui tente de se reposer pendant la boucle. Sans crew, il est difficile d’aller loin en backyard. 

Ensuite, les autres coureurs et coureuses sont aussi des alliés. On trouve des gens qui vont à notre vitesse, on jase un peu, beaucoup ou pas du tout, mais on se suit. On développe des stratégies ensemble, mais le plus important, c’est qu’ensemble on repousse nos limites. On convainc une personne sur le point d’abandonner de reprendre le départ. On s’encourage quand ça va moins bien. 

La seule personne qu’on essaie de battre, c’est soi-même, et la petite voix qui te rappelle que ton lit pourrait tellement être confortable.

Les anecdotes

Quel est ton plus beau souvenir en Backyard ? 

Je n’ai pas un plus beau souvenir de backyard. J’aime la course à pied pour l’aspect social et communautaire, et je suis heureux d’avoir pu trouver une autre fantastique communauté où l’accueil, la bienveillance et le partage sont au cœur des pratiques. 

J’ai le privilège d’avoir pu rencontrer des personnes incroyables et d’une gentillesse exceptionnelle avec qui je n’aurais possiblement jamais échangé autrement.

Quelle est la chose la plus inattendue que tu as vécue pendant une Backyard ? 

Une chose inattendue qui m’est arrivée en course l’an dernier, a été de m’endormir alors que je courais. Le réveil ressemblait beaucoup au cauchemar où on a la sensation de tomber, à l’exception que je suis réellement tombé au sol. Heureusement, je ne me suis pas fait (trop) mal sur le coup, mais malheureusement ma gourde a absorbé la majorité de l’impact.

Je ne m’attendais pas non plus à remporter la première édition de la Backyard Ultra de Châteauguay, à ma première participation sur le format. Comme c’était ma première participation à une backyard, c’était une grande surprise puisque je n’avais aucune idée de comment j’allais réagir. La 19e et dernière boucle en solo a été longue par contre, mais c’était très plaisant.

En terminant, mon conseil à ceux et celles qui souhaitent découvrir ce format est tout simplement de trouver un événement près de chez eux, ou même d'organiser leur propre backyard, puis de se lancer. Il ne faut pas hésiter, poser des questions et demander conseil. Et on trouve son plaisir, une boucle à la fois.

Maëlane Marin
Maëlane Marin